La situation de Saint-Cloud perchée sur une colline surplombant la Seine et disposant aussi d’un espace plan en bordure de celle-ci, est propice aux exploits aéronautiques : la ville en fut très tôt le théâtre.
C’est aussi dans cette ville que Marcel Bloch implanta en 1938 une usine qui est aujourd’hui le siège de Dassault Aviation.
Pour rendre hommage à ce riche passé, la ville a réalisé au musée des Avelines une exposition intitulée Saint-Cloud dans les Nuages, une aventure aéronautique, du 12 février au 5 juillet dernier et qui comporte de nombreuses pièces du plus grand intérêt historique, dont 28 prêtées par le Musée de l’Air, en particulier la réplique d’une Demoiselle de Santos-Dumont.
Cette exposition serait vraisemblablement passée sous les radars si deux membres AAMA (ils se reconnaitront !) étant allés la visiter en sont revenus enthousiastes.
C’est ainsi que dix de nos adhérents se retrouvent le 27 mai dernier au musée des Avelines ouvert spécialement pour notre groupe !
Nous sommes accueillis par Margot Thomas responsable du service des publics de la ville et commissaire de l’exposition.
La première partie de ladite exposition est consacrée aux plus légers que l’air, illustrée par de nombreux objets, bijoux, peintures, vaisselle, éventails, représentant les exploits des aérostiers, dont Saint-Cloud, très proche de Paris, est devenu le terrain de jeu favori, Nadar y réalisant de nombreux clichés.
La ballonmania qui s’ensuit reflète une société qui s’enthousiasme pour les machines volantes ce qui s’exprime dans ces objets que notre guide nous décrit par le menu.
Mais l’événement le plus marquant de l’époque est sans conteste le vol spectaculaire de l’aérostat Caroline le 15 juillet 1784.
Ce ballon à hydrogène, où a pris place, outre ses deux concepteurs, les frères Anne-Jean et Nicolas-Louis Robert, le duc de Chartres et le physicien Collin Hullin, s’élève du parc de Saint-Cloud et demeure 45 minutes en l’air.
L’exposition se poursuit au XIXe siècle, le ciel de Saint-Cloud devenant un champ stratégique : pendant la guerre franco-prussienne, près de soixante ballons franchissent les lignes ennemies, transportant des dépêches entre Paris assiégé et la zone libre.
Après la fin des hostilités, les montgolfières reviennent à Saint-Cloud. De nombreuses gravures (parfois humoristiques) et peintures illustrent cette époque.
À la fin du XIXe siècle, l’Aéro-Club de France, fondé en 1898, installe dès 1900 dans le quartier des Coteaux, un site pour ballons, dirigeables et aéroplanes. Santos-Dumont, notamment, y bâtira ses hangars.
Parmi les soutiens de ces précurseurs figure le mécène Henry Deutsch de la Meurthe. Dès 1900, il instaure le célèbre prix qui récompense le premier dirigeable capable de relier Saint-Cloud à la tour Eiffel en moins de trente minutes, exploit réalisé en octobre 1901 par Santos-Dumont à bord de son n°6.
De très nombreux dessins, documents et affiches d’époque sont exposés et retracent cette période mouvementée, ainsi que, provenant du Musée de l’Air, une reproduction de la nacelle du dirigeable de l’exploit de Santos-Dumont.
La troisième partie de la visite est justement consacrée à Alberto Santos-Dumont, personnalité qui a marqué Saint-Cloud au point que s’y trouve encore aujourd’hui un monument à son effigie et qu’un lycée y porte son nom.
Guidé par une vision altruiste du progrès et fortuné, il renonce aux brevets et redistribue les gains de ses exploits.
Entre 1898 et 1907, il conçoit plus d’une dizaine de machines, dont le 14-bis avec lequel il réalisera le premier vol contrôlé en octobre 1906,et la célèbre Demoiselle, dont la réplique fournie par le Musée de l’Air trône en majesté dans la rotonde du musée.
Un moteur Antoinette 8V de 50 ch, identique à celui qui équipa le 14-bis, prêté par le Musée de l’Air est exposé dans la salle sur son bâti.
Santos-Dumont influence des créateurs comme Cartier, qui conçoit pour lui en 1904 la première montre-bracelet, et donc lisible en vol, qui est exposée ainsi qu’un gant propriété de l’aviateur.
Santos-Dumont devient un monument vivant, célébré par des médailles et des sculptures dont certaines exposées.
En 1913, une statue lui est érigée à Saint-Cloud. Fondue pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est recréée en 1952 à l’identique, sous les traits d’Icare, évoquant la chute tragique de l’aviateur, qui dépressif et malade, a mis fin à ses jours en 1932 à l’âge de 59 ans.
Dans la salle suivante, un hommage est rendu à un groupe de femmes issues de l’élite sociale qui crée en 1909 la Stella, premier aéroclub féminin au monde, sous l’impulsion de Marie Surcouf : de 19 membres au départ, le club atteint 200 adhérentes en trois ans.
Souvent peu appréciées de la gent masculine, (le fait de s’envoler avec un homme était considéré comme un signe de dépravation), les Stelliennes organisent leurs propres compétitions et obtiennent le droit de délivrer des brevets de pilote dès 1912. De très nombreuses illustrations, gravures et documents illustrent leurs prouesses.
La visite se termine dans une salle dédiée à Marcel Bloch, futur Marcel Dassault, qui installe à Saint-Cloud en 1938 une usine dédiée à la production aéronautique, conçue par l’architecte Georges Hennequin, avec la porte monumentale du pavillon du Métal de l’Exposition Universelle de 1937 à Paris acquise par Marcel Bloch.
Ce site, devient rapidement un lieu stratégique, fournissant hélices et moteurs pour l’aviation nationale.
Durant la Seconde Guerre mondiale, refusant toute collaboration avec le régime de Vichy et l’Allemagne nazie, Marcel Bloch est déporté à Buchenwald.
A son retour, il transforme son usine : des bureaux d’études aux laboratoires et à leur pied l’atelier prototype où naitront les avions qui feront la renommée de Dassault, de l’Ouragan au Rafale.
En 2001 l’ancienne usine rénovée devient le siège de Dassault Aviation, rassemblant les directions générales jusqu’alors dispersées. Fini l’atelier prototype, mais sa porte monumentale, devenue symbole des lieux, sera conservée en place. En 2026, le site de Saint-Cloud s’étend sur 140 000 m² et regroupe environ 4 000 personnes.
Là encore de multiples photos et témoignages, articles et maquettes, illustrent la transformation du site, montrant les avions, les ateliers, et les salariés du groupe au fil du temps.
Enfin un simulateur de vol est à la disposition des visiteurs. Simulateur auquel s’essaye un de nos membres qui ancien pilote de l’armée de l’Air, n’a pas perdu la main !
Nous terminons cette visite, très reconnaissants pour l’accueil qui nous a été réservé et avec la satisfaction d’avoir beaucoup appris de cette exposition compacte mais dense et bien construite.
Jean-François Louis (AAMA)
Remerciement à Jean-Pierre Cornand pour ses photos.

























