Le Musée de l’Air et de l’Espace à l’heure de la Défense aérospatiale européenne

Le Musée de l’Air et de l’Espace est un musée public sous la tutelle du ministère des Armées. Il présente dans ses collections de nombreuses pièces en lien avec l’histoire de l’aviation militaire (avions, drones, missiles…).

 

Mais une de ses missions est de présenter le présent et le futur de cette force aérienne. Cela passe notamment par un événement qui eut lieu les 22 et 23 juin 2021 dans l’enceinte du Musée : la conférence des armées de l’air des pays de l’European Intervention Initiative (EI2) intitulée Air & Space Power Conference sur le thème La puissance aérienne européenne – Maitrise des rythmes stratégiques et opérationnels.

 

C’est le chef d’Etat-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Philippe Lavigne qui a lancé ces deux journées de débats.

Souhaitée par le président de la République Emmanuel Macron, et lancée officiellement le 25 juin 2018, l’European Intervention Initiative ou Initiative Européenne d’Intervention, a pour objectif de favoriser l’émergence d’une culture stratégique européenne et de renforcer la capacité des Européens à agir ensemble. Initiée à 9 nations, l’IEI compte aujourd’hui 13 membres : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Belgique, la Suède, le Danemark, l’Estonie, les Pays-Bas, la Finlande, et la Norvège. La France en assure le secrétariat permanent, avec des officiers désignés par les pays membres.

La conférence, en anglais, organisée au Musée est la première de ce genre, et est amenée à être renouvelée. Celle-ci a été mise en place par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) par l’intermédiaire du Centre d’Études Stratégiques Aérospatial (CESA), chargé d’assurer la cohérence du rayonnement interne et externe de l’armée de l’Air et de l’Espace, qui anime l’ouverture de cette arme vers l’extérieur au travers d’actions pour la jeunesse, de partenariats, d’études, de publications et, enfin, de la valorisation du patrimoine et des traditions.

Lors de cette conférence sur la puissance commune aérospatiale, sept chefs d’Etat-major des armées de l’air européennes se sont rassemblés, ainsi que différentes autorités militaires et civiles et des hauts responsables d’industries aéronautiques européennes, afin d’échanger et de confronter leurs analyses sur La puissance aérienne et le contrôle de l’espace ou Comment mieux coordonner les temps des opérations aériennes européennes ? 

De g à d : Murielle Delaporte Laird rédactrice-en-chef du média Opérationnels SLDS ; général Frédéric Parisot major général de l’armée de l’Air ; Dirk Hoke PDG d’Airbus Defense & Space ; Eric Béranger PDG de MDBA ; Eric Trappier PDG de Dassault Aviation et Thierry Carlier directeur du développement international à la DGA.

 

Lors de la deuxième table ronde de la première journée, intitulée Cooperation and capability development, il est indiqué que l’interopérabilité des armées européennes ne se joue pas seulement à l’échelon opérationnel mais qu’elle peut être pensée dès la conception des matériels. Et c’est pour cette raison que sont inclus dans le dialogue des industriels tels que Dassault Aviation, par l’intermédiaire d’Eric Trappier, ou MBDA par l’intermédiaire d’Eric Béranger.

Eric Trappier

Hélicoptère NH90, présenté au Salon du Bourget 2017

 

Il est rappelé par les différents industriels que la coopération entre différentes parties prenantes sur les différents projets d’armements doit se faire de manière efficiente et ne doit pas reproduire les erreurs du passé qui ont conduit à des déboires industriels ou économiques. Ainsi, une des préconisations à l’avenir est de recourir à l’élection d’un unique chef de projet, et non un seul chef de projet par pays : la division peut entraver la communication entre les parties. Ce manque de communication peut alors nuire à la cohérence du projet. En effet, si les besoins ne sont pas bien définis en amont, cela peut mener à des situations analogues à la conception de l’hélicoptère multirôle européen NH90 : 22 versions produites et 60 standards… Une véritable cacophonie industrielle, mais aussi opérationnelle…

 

 

Ces débats sont d’autant plus utiles et importants qu’une des futures pierres angulaires de la politique de défense aérienne européenne sera le SCAF (Système de Combat Aérien du Futur, FACS en anglais), projet commun de systèmes d’armes (avion, combat cloud et drones de différents types) développé par Airbus Germany, Airbus Spain, Dassault Aviation, MTU, Safran Aircraft Engines et MBDA.

Tous les acteurs autour de ce projet devront travailler ensemble et efficacement afin de mener à bien ce projet de longue haleine. La table ronde n’a pas abordé ce sujet explicitement, mais les propos avancés ne pouvaient que s’appliquer à ce projet d’actualité qui nécessite une coopération forte et efficiente.

Maquette échelle 1 du New Generation Fighter (NGF), élément principal du projet SCAF dont Dassault Aviation est le maître d’œuvre

L’invitation des industriels n’est pas anodine : la capacité d’agir ensemble sur de futures opérations communes tient notamment à une plus grande interopérabilité des matériels. Cette interopérabilité peut être plus grande si les matériels sont développés initialement pour fonctionner ensemble, ou alors pour convenir à différentes armées et être utilisés par celles-ci.

 

Après cette matinée, les participants ont été invités à se rassembler dans le hall de la Cocarde, réservé pour l’occasion, afin de prendre une pause-déjeuner.

Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, directrice du Musée de l’Air avec le général Philipe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace

Militaires et civils du domaine aéronautique européen réunis dans le hall de la Cocarde, entourés par des appareils, pour certains de facture étrangère, ayant servi sous les cocardes françaises

Le colonel professeur John Andreas Olsen, spécialiste des questions portant sur la puissance et la stratégie aérienne, a tenu une courte visioconférence ouvrant les tables rondes de l’après-midi, concernant les bases de la puissance aérienne. Il a rappelé que celle-ci ne dépend pas uniquement de la flotte aérienne, ni de sa puissance de feu, mais qu’elle repose sur des considérations éloignées des conditions opérationnelles de terrain (aspects politiques, sociaux et environnementaux).

Colonel professeur John Andreas Olsen, tenant visioconférence dans l’amphithéâtre Roland Garros du Musée de l’Air

Les bases de la puissance aérienne, par le colonel professeur John Andreas Olsen

Lors de la conférence Joint Engagements, à la tribune : Air Commander Tom Burke, et de gauche à droite : Dr Signe Marie Cold-Ravnklide (UK), colonel Filippo Zampella (IT), colonel Saku Joukas (FI) et général Thierry Garetta (FR).

 

 

Les tables rondes suivantes ont porté sur les logiques derrière la stratégie de défense aérospatiale ainsi que sur les manières de procéder à des opérations conjointes, mettant en commun les points de vue des différentes forces aériennes constituant l’EI2.

 

Celle nommée Joint Engagements mettait en commun les points de vue français, italien, finlandais et britannique, par l’intermédiaire de différents gradés de ces armées. Ces considérations concernent autant des actions militaires conjointes passées ou actuelles que des actions futures au sein de cette nouvelle organisation qu’est l’EI2.

 

L’événement a été retransmis en direct sur internet et peut être consulté sur la chaîne YouTube de l’armée de l’Air et de l’Espace. Ces débats ont été clôturés en visioconférence, par la ministre des Armées Florence Parly.

Vidéo 1er jour, 1ère partie.       Vidéo 1er jour, 2e partie.

 

 


 

Le jour du lancement de cette conférence sur les enjeux stratégiques d’une défense aérospatiale européenne, s’est ouvert au public une nouvelle exposition permanente au Musée de l’Air et de l’Espace, prolongeant ainsi le thème de la journée.

Elle se situe sous la mezzanine du hall de l’Entre-deux-guerres et présente des objets inédits.

L’exposition Voir et Observer. L’imagerie spatiale militaire, en partenariat avec le Centre Militaire d’Observation par Satellites 1/92 Bourgogne (CMOS), présente l’histoire et les activités de cette branche peu connue du grand public de l’armée de l’Air et de l’Espace.

Sont présentées les origines des traditions du CMOS, remontant à la Première Guerre mondiale, mais aussi des équipements en lien avec les missions de collecte de données par satellites et surtout des vues satellites à couper le souffle.  

Cette exposition est présente au Musée de l’Air et de l’Espace jusqu’au 7 novembre 2021, mais certains des objets présentés comme la maquette du satellite de reconnaissance Hélios 1 resteront de manière durable au Musée et seront présentés dans le hall de l’Espace.

Même si le Musée de l’Air et de l’Espace est connu à travers le monde pour ses collections d’aéronefs uniques, inestimables et représentant une époque qui n’est parfois pas la notre mais celle des pionniers de l’aéronautique, il est cependant ancré dans son temps et même dans le futur en accueillant des événements où se jouent des fragments de ce qui fera partie de l’histoire de l’aéronautique et du spatial.

Dénys Karakaya (AAMA, élève-ingénieur à l’IPSA Paris)

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