Notre association a, depuis 75 ans, porté de nombreux mécénats répondant aux demandes du Musée de l’Air.
Mais pour la première fois, un projet de mécénat est venu de l’extérieur.
Notre administrateur Jean-François Feuillette, également membre de l’Aéro-Club de France dont il préside la Commission Histoire, Arts et Lettres, est un ami proche de la famille Caquot.
La descendance d’Albert Caquot, disparu en 1976, il y a 50 ans, souhaitait qu’un espace mémoriel soit édifié au Musée de l’Air, afin de lui rendre hommage.
Albert Caquot, rappelons-le, fut en tant que Directeur de la Section Technique de l’aéronautique, l’initiateur du futur Musée de l’Air par un long courrier adressé au sous-secrétaire d’Etat de l’aéronautique militaire, en décembre 1918 et dont la réponse officialisait son lancement.
Fin 2023, Jean-François Feuillette présenta à notre Conseil d’administration les prémices du projet. Plusieurs pistes et plusieurs emplacements dans le Musée étaient envisagés pour cette présentation à la mémoire d’Albert Caquot.
Le Bureau de l’AAMA décida de s’associer pleinement à cette ambition, aussi bien en participant à son financement qu’en portant ce dessein auprès du Musée.
Un dossier plus étoffé fut remis, au début de l’année 2024, directement à la directrice Anne-Catherine Robert-Hauglustaine qui nous assura être attentive à cette proposition.
L’idée n’a pas d’emblée soulevé l’enthousiasme que nous espérions, mais patiemment en affinant les choix proposés en lien avec la famille, cet espace de mémoire prit corps et les obstacles s’atténuèrent puis disparurent.
C’est à l’automne 2025, que notre Conseil d’administration eut confirmation de sa réalisation avec une solution de mécénat convenant parfaitement à la famille Caquot et à l’AAMA.
D’ailleurs, notre association décida pour marquer cette commémoration que le thème de notre carte membre 2026 rendrait hommage à Albert Caquot.
La convention de ce mécénat, d’un genre inédit, pour deux vitrines rendant hommage à Albert Caquot, a été signée, en avril 2026, entre la directrice du Musée Anne-Catherine Robert-Hauglustaine et notre président Jean-Pierre Cornand.
Etaient présents Jean-Bruno Kerisel (membre AAMA et petit-fils d’Albert Caquot) représentant la famille Caquot, qui contribue à ce mécénat, ainsi que Marie-Laure Griffaton, directrice du département scientifique et des collections, qui a travaillé avec l’AAMA et la famille sur le choix des pièces à exposer.
La première vitrine contient un buste d’Albert Caquot offert par la famille, l’épée d’académicien qu’il reçut à l’occasion de son élection à l’Académie des Sciences en 1934 avec une symbolique résumant sa carrière, ainsi qu’une assiette représentant le célèbre ballon d’observation qu’il mit au point. Un cartel sur sa carrière accompagne l’ensemble.
La seconde vitrine, qui protège de la poussière et des UV, accueille une véritable nacelle de ballon Caquot et ses matériaux sensibles. Elle est en regard d’une nacelle de Drachen allemand, illustrant bien le parallélisme des développements chez les deux belligérants.
A noter que le parachute de cette fragile nacelle est déjà exposé dans une salle attenante.
Le dévoilement des deux vitrines eut lieu le 16 septembre.
Cette cérémonie conviviale a réuni la direction et des représentants du Musée, de nombreux membres de l’AAMA et trois membres de la famille d’Albert Caquot : Jean-Bruno Kerisel, Thierry Kerisel (qui vient de mettre à jour un important ouvrage sur Albert Caquot, initialement écrit par son oncle Jean Kerisel) ainsi que Françoise Tardy, accompagnée de son mari Daniel.
Les prises de parole qui accompagnèrent la coupe symbolique du ruban devant la vitrine lui rendant hommage ont mis en avant, outre le rôle pris par Albert Caquot dans le lancement de ce qui allait devenir le Musée de l’Air, l’importance de son œuvre dans plusieurs domaines techniques.
Né en 1881, il entre à Polytechnique en 1899, puis s’orienta vers le corps des Ponts-et-Chaussées. A la mobilisation en 1914, il est affecté dans une compagnie d’aérostiers. Il remarque rapidement l’instabilité des ballons captifs d’observation, de forme sphérique, qui donnait la nausée aux observateurs, alors que les Allemands utilisaient des Drachen de forme allongée avec un stabilisateur arrière. Il développa alors le ballon type L, dit Caquot, encore plus profilé avec trois empennages, qui sera largement utilisé par les Français et les Britanniques et copié par les Allemands.
En janvier 1918, il prend la direction de la Section Technique de l’Aéronautique. Il résout les problèmes de fabrication en série des avions, qui aidera à la maitrise du ciel par les alliés et qui mettra la France au premier rang mondial.
Revenu dans le civil, il développera des méthodes de construction innovantes, surtout dans le domaine du béton, des machines et surtout il mit au point des méthodes de calcul, qui portent son nom, sur la répartition des forces dans les poutres et planchers en béton.
Il réalise, en tant qu’ingénieur-conseil, plus de 300 ponts, barrages, ports et l’usine marémotrice sur la Rance (Mont-Saint-Michel). Il participe aussi à la structure interne en béton armé du Christ Rédempteur à Rio de Janeiro.
Retour dans l’aviation en 1928, en tant que Directeur technique au ministère de l’Air. Il fonde des écoles de mécanique des fluides, pousse la construction métallique des avions et lance la grande soufflerie de Meudon.
En 1938, il prend la direction des six sociétés d’aviation nationalisées en 1936 afin de rationaliser les productions en vue du conflit qui se préparait. Ce sera, hélas, trop tard !
En 1934, il est élu à l’Académie des Sciences et en deviendra son président en 1952.
Après-guerre, il sera président du comité scientifique de l’ONERA et de l’AFNOR (Association Française de NORmalisation), de l’Association Internationale de Normalisation ISO…
Il sera décoré et distingué à maintes reprises et recevra de nombreux prix et médailles pour ses travaux.
Notre vice-président Frédéric Buczko termina en précisant le rôle primordial d’Albert Caquot, qui fut avec 40 autres figures de l’aviation, fondateur de notre Association des Amis du Musée de l’Air en décembre 1951.
Il participa à la rédaction des statuts et en fut le président de 1952 à 1954, puis président d’honneur jusqu’à sa disparition. Il milita avec les autres membres pour que le Musée de l’Air ait un lieu digne d’exposer ses collections.
A l’issue de ces prises de parole, Françoise Tardy a rappelé qu’au-delà de la pure technique, Albert Caquot avait sauvé de nombreuses vies : l’emploi de ses ballons lors de la Première Guerre mondiale sur les navires de la Royal Navy a en effet grandement contribué à la protection des convois dans l’Atlantique.
Après quelques photos des protagonistes de ce mécénat, un goûter fut offert aux invités avant que la famille ne se dirige vers la seconde vitrine pour admirer la nacelle.
Marie-Laure Griffaton y décrivit la complexité de la protection de cet objet, plus que centenaire, et confectionné avec plusieurs matières fragiles, comme le cuir et l’osier.
Le surlendemain de cette cérémonie, quelques membres AAMA ont retrouvé les descendants d’Albert Caquot présents au Musée, lors d’un colloque organisé pour rendre hommage à ce grand ingénieur.
Eric Domage et Louis Lagarenne nous en font le résumé.
C’était à la Maison des Travaux Publics à proximité de l’endroit où vécut Alberto Santos-Dumont.
Curieuse coïncidence car l’aérostation va être longuement évoquée lors de ce colloque consacré à Albert Caquot, considéré comme étant « le plus grand des ingénieurs français » par l’académicien des sciences Albert Roy. Tandis que pour Marcel Dassault : « Albert Caquot est un des meilleurs techniciens que l’aviation n’ait jamais connus. C’était un visionnaire qui, dans tous les domaines abordait l’avenir ».
Sous l’égide d’Alumni-ONERA, et en partenariat avec la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale (SEIN) et l’Académie des Sciences, cet événement « entend retracer la vie et l’œuvre d’Albert Caquot, mais aussi inscrire dans ses traces les développements actuels et futurs des thématiques que celui-ci a abordées pendant sa carrière de militaire et d’ingénieur ».
Et ce ne sont pas les sujets qui manquent ! Béton armé, mécanique des sols, réseaux d’assainissement et bien sûr, conduites par les circonstances nationales, l’aérostation et l’aéronautique !
Albert Caquot a présidé de très nombreuses institutions et a enseigné dans plusieurs écoles.
Beaucoup de membres de ces institutions et d’éminents spécialistes des domaines techniques abordés par Albert Caquot étaient présents ce 18 septembre, pour parler de l’homme, de ses travaux et des développements actuels et futurs de son immense héritage.
Parmi eux, Thierry Kerisel, Jean-Bruno Kerisel et Olivier Tardy, ses petits-fils et son arrière-petit-fils, ont aussi livré d’intimes souvenirs familiaux, se rappelant de la disponibilité et de la bienveillance de l’illustre inventeur et constructeur à l’égard des siens.
Dans le domaine qui est le nôtre, l’aérostation a été évoquée en début de colloque en rappelant les innovations qui en 1915 et 1916 ont permis, grâce à Albert Caquot, l’amélioration de la conception des ballons d’observations captifs.
L’étude et l’aérodynamique des ballons Caquot ont démontré une très grande stabilité lorsque ceux-ci étaient utilisés par de très fort vents.
L’aérostation sera ensuite doublement abordée en fin de colloque, d’une part par Matthieu Gobbi, dirigeant de la société Aérophile (le ballon captif GENERALI du parc André Citroën à Paris et le ballon de la vasque des Jeux Olympiques…) et d’autre part par Pascal Taillandier, chef de projet dirigeables à l’ONERA.
Alors que le premier intervenant a longuement décrit le ballon Caquot et ses utilisations, son successeur nous dévoile, outre d’intéressantes données techniques, les missions futures envisageables, parfois surprenantes, des dirigeables.
Lors d’une table ronde qui concluait les différents exposés Jean-Bruno Kerisel a mentionné et remercié l’AAMA pour son action au Musée de l’Air en faveur de la mémoire de son illustre ancêtre.
A l’occasion de cette commémoration des 50 ans de la disparition d’Albert Caquot en 1976, pour mieux connaître l’homme et son apport considérable dans bien des domaines, nous serons éclairés par le livre écrit par son gendre Jean Kerisel, complété et actualisé récemment en 2026 par son petit-fils Thierry Kerisel.
(Albert Caquot 1881-1976 – Nouvelle édition 2026. Savant, soldat et bâtisseur)
Dernier rappel mémoriel envers Albert Caquot lors des Journées Européennes du Patrimoine, où l’AAMA avait missionné trois membres pour présenter ce personnage important pour le Musée de l’Air et notre association, devant cette vitrine d’un mécénat coopératif.
Dorénavant Albert Caquot ne sera plus oublié !
Frédéric Buczko, Jean-Pierre Cornand, Eric Domage et Louis Lagarenne (AAMA)
Remerciement à Domenico Rutigliano et Denis Savineaux pour leurs photos





































